Lamine Sangaré : " Ils faisaient entrer des gens gratuitement "

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Sangaré Lamine remonté contre Debordo Leekunfa

Dans une interview exclusive accordée au site www.viberadio.ci, Lamine Sangaré parle pour la première fois depuis sa sortie de prison.

Son arrestation, son séjour en prison, le mot d’ordre de DebordLao à la PJ, sa libération, le patron de « Sangaré Group » Lamine Sangaré dit tout.

Comment vous sentez vous aujourd’hui, après votre détention à la Police Judiciaire ?

Je me sens bien par la grâce de Dieu. Je dirai tout simplement que cette épreuve m’a permis de comprendre beaucoup de choses dans ce milieu.

Vous semblez peiné. On va commencer par le début. Que s’est-il passé entre vous et Debordo, sur cette affaire de reliquat de cachet de concert ?

Écoutez, c’est à partir du 5 mars que nous avons véritablement commencé à vendre les tickets du spectacle. Les tickets, malheureusement, ne sortaient pas, c’est là que j’ai fait appel à Debordo à mon bureau pour lui dire : « Je dois te mettre 15 millions pour le reliquat, mais les tickets ne se vendent pas, je n’ai que 500 tickets vendus après plusieurs jours. On fait comment ?». Il me dit : « Ne t’en fais pas, tout le monde parle du 31 mars dans la ville. Le buzz a pris. Le jour du concert, mes fans viendront acheter tous les tickets restants au Palais ».

 

 Quelle date avez-vous retenue pour le règlement des 15 millions restants ? 

On avait convenu la date du 28 mars, c'est-à-dire 3 jours avant le concert. Comme je n'étais pas en possession de cette somme, j’ai fait comprendre à son manager qui est venu me voir à mon bureau le vendredi 30 mars, de patienter.

Car à un jour du concert, je n’avais même encore vendu plus de 1000 tickets. Et le jour du concert, j’étais au four et au moulin. Moi-même sur le terrain. J’ai mobilisé des jeunes filles et quelques jeunes afin qu’ils écoulent tous les tickets restants sur place au Palais.

Malheureusement, malgré toute notre détermination, les tickets ne se vendaient pas, il n’y avait presque pas d’affluence. À vrai dire, les fans de l’artiste n’étaient pas au rendez vous ce jour là, alors que nous nous attendions à plus de 9.000 personnes ce jour là. Jusqu'à 18h, nous étions à peine à 2000 personnes. Et vers 19 h, le jour du concert, le staff de Debordo est venu me voir pour me dire qu’ils ont besoin de leur argent, c'est-à-dire les 15 millions avant que l’artiste ne monte sur scène. Je leur ai dit de se calmer et que je suis en train de me battre pour réunir cette somme. Qu’ils me laissent faire mes points, après on fera les comptes.

Je me suis évertué à faire comprendre à Debordo et son staff que si je n’ai pas pu réunir toute la somme le soir du concert, je leur remettrai la totalité de la somme le mardi 3 Avril, jour ouvrable. L’artiste a refusé. Il m’a fait savoir que ses comptes ont été saisis parce qu’il doit à certaines personnes. Il m’a ordonné de le payer cash.

 

 Ils faisaient entrer des gens gratuitement pour assister au concert, juste pour faire le remplissage et éviter le “Poto”.

 

 Il y a eu tout de même un accord ?

 

Ils m’ont dit si c’est ainsi de leur faire une reconnaissance de dette, puis une vidéo, dans laquelle je fais savoir que je dois 15 millions à Debordo. Je n’ai pas posé d’objection.

Seulement, je leur ai fait comprendre que je ne souhaiterais pas que la vidéo en question soit diffusée sur les réseaux sociaux, ce qu’ils n’ont pas respecté. Après cet accord, je suis monté sur le podium à la suite du geste du ministre Touré Mamadou, pour le remercier, pour avoir offert 1 million à l’artiste et un autre million à l’organisation. Et quand je suis descendu du podium, j’ai fait appel au staff de Debordo pour leur remettre la somme de 1 million qu’a offert le ministre, à l’organisation. Je leur ai dit que je leur dois maintenant 14 millions et que je m’attellerai avant la fin du concert à régler la somme.Tenez-vous bien, de leur côté, ils faisaient entrer des gens gratuitement pour assister au concert, juste pour faire le remplissage et éviter le “Poto”.

 « c’est la PJ, suivez nous».

 À quel moment les choses se sont gâtées ?

 

C’est au niveau du Parking du Palais de la culture autour de 21 heures. Une des vendeuses de tickets m’a fait appel pour faire les comptes des ventes. Au moment des calculs, des hommes m’interpellent de derrière. Je me retourne, un parmi eux me dit : « On veut te parler ». Je leur ai dit de patienter en attendant de finir mes comptes. Après avoir fini, je viens vers eux, ils me disent, « c’est la PJ, suivez nous ». Ils m’ont engouffré dans leur véhicule, il était 21 heures en ce moment-là. Une fois dans le véhicule, ils m’ont dit « Remettez nous le reste d’argent de Debordo, c'est-à-dire les 15 millions ». J’ai dit que Debordo sait tout. Que j’ai dit à Debordo qu’on allait tout régler au plus tard le mardi 3 avril.

Voyez-vous, Debordo qui tenait absolument à me nuire a fait croire aux agents que moi Sangaré, je m’apprêtais la même nuit du samedi à quitter le pays, fuir pour les Etats Unis. Je leur ai posé la question de savoir si quelqu’un aurait il vu mon nom figurer sur la liste d’un voyage ?

Je vous apprends que je n’ai même pas pu suivre le concert, moi-même l’organisateur. Parce que j’étais dans les mains des hommes de la PJ

 

 Les éléments de la PJ vous ont relâché après ?

Pas du tout. Pendant que je demandais ma liberté pour aller faire mes points des tickets et faire face à mes charges, eux, ils faisaient la sourde oreille et me demandaient l’argent de Debordo. J’ai tout de suite pressenti qu’ils avaient un pourcentage à gagner sur les 14 millions de francs restants. Ils m’ont demandé, combien j'avais sur moi en ce moment. Je leur ai dit 450 milles francs. Ils ont empoché cet argent dans leur bureau.

Ensuite, ils m’ont dit d’attendre l’arrivée de Debordo pour trancher l’affaire. Je vous apprends que moi-même l’organisateur, je n’ai même pas pu suivre mon concert qui s’est terminé aux environs de minuit. Imaginez un peu si un incident s'était produit là-bas au Palais, qui serait responsable de la sécurité des spectateurs, c’est bien moi ? Et tout cela parce que j’étais dans les mains des hommes de la PJ. C’est vers 1 heure du matin, après donc le concert que Debordo est arrivé à leur bureau.

 

La seule chose qu’il m’a dite est ceci : « Sangaré, si tu ne donnes pas mon argent ce soir, tu vas dormir en prison ». Je lui ai dit « Debordo, c’est moi Lamine Sangaré ton frère, celui qui s’est battu pour toi. Celui qui t’a fait partir aux USA pour une tournée, à la période où tu as jeté ton trophée des Awards du Coupé décalé dans la lagune». « Stp, laisse moi faire mes points avec mes petits, si l’argent ne suffit pas, le mardi 3 avril, jour ouvrable, j’irai à la banque faire un retrait et te donner le reste de ton argent. Fais-moi confiance, de la même manière dont j’ai renouvelé ma confiance en toi en organisant ton concert ici à Abidjan après notre tournée aux USA ».

" Je lui ai même proposé une voiture Hyundai Santafe de 2013 "

Debordo ne voulait rien comprendre, il a catégoriquement refusé. Je lui ai même proposé une voiture Hyundai Santafe de 2013, plus la somme de 5 millions, en garantie jusqu’au mardi 3 avril. Vu que le dimanche et le lundi, les banques étaient fermées. Il a également refusé cette autre proposition. Cette nuit-là, mon ami Debordo voulait juste m’humilier en me jetant en prison.

 

Après l’échec des négociations, les agents de la PJ, m’ont conduit très tard dans la nuit à leur bureau principal du Plateau. C’est au Plateau, que la plainte a été portée. Cela m’a amené à comprendre que Debordo a usé de ses relations au niveau de la police pour me faire arrêter arbitrairement. Ils m’ont enfermé dans une cellule tôt le dimanche matin, jusqu’au mercredi vers 16 heures où j’ai été libéré.

 

 Comment votre libération a-t-elle été possible ?

 

J’ai dû payer la somme de 8 millions 450.000 Frs pour pouvoir sortir. Il reste à ce jour 6 millions 550.000 Frs que j’ai pris l’engagement de régler à ma sortie.

 

Debordo a-t-il oui ou non retiré sa plainte ?

 

 Debordo a-t-il oui ou non retiré sa plainte ? Non, pas du tout. Mais cette affaire est une affaire purement civile et non pénale. Mais ayant usé de ces relations, il a pu me priver de ma liberté. Mes droits n’ont pas du tout été respectés.

 

 " Mes parents sont mes Dieux sur cette terre des hommes".

 

Vous indiquiez tantôt que vous êtes un homme très déçu aujourd’hui

 

 Oui, très déçu vis-à-vis d’un garçon comme Debordo que j’ai tant aidé. C’est moi qui l’ai fait partir aux Usa ? Je l’ai hébergé, je lui ai fait faire l’une des plus belles tournées internationales dans sa carrière. Aujourd’hui, c’est lui qui vient me poignarder dans le dos en me jetant en prison. Franchement, je suis très déçu. Ce qui me fait encore plus mal, il m’a fait arrêter le jour du concert comme un voleur. Chose encore déplorable, il mêle le nom de mes parents à cette histoire. Si lui n’a pas de respect pour la famille , chez moi, les parents, c’est quelque chose de sacré. Mes parents sont mes Dieux sur cette terre des hommes. Déçu également de notre justice, parce que c’est ici que j’ai vu qu’on pouvait arrêter quelqu’un sans aucun papier, sans la moindre plainte, sous la base d’une simple accusation, d’un simple coup de fil d’une connaissance.

 

Debordo a pourtant déclaré dans sa dernière vidéo que vous avez récupéré l’argent des ventes des tickets pour faire la java à Babi avec des filles que vous avez fait venir des Etats Unis ?

 

(Rire)  Moi qui étais très stressé ? Moi qui ne dormais plus à cause du fait que les tickets ne se vendaient pas ? Quel temps avais-je pour me consacrer à des filles.

 

 " Le buzz des 50 Millions, c’est une trouvaille de Debordo".

Vous avez pourtant composé avec Debordo sur le buzz des 50 Millions ?

 

 Écoutez, le buzz des 50 Millions, c’est une trouvaille de Debordo. Quand il est arrivé aux Etats Unis pour sa tournée, je lui ai proposé un concert à Abidjan pour 20 millions. Il m’a supplié de monter à 25 millions, chose que j’ai par la suite accepté. Dès qu’il est arrivé à Abidjan, si vous vous souvenez bien sur les réseaux sociaux, vers la fin de l’année 2017, il faisait savoir que désormais pour avoir Debordo en spectacle, il faudra débourser 50 millions. Voilà comment il a commencé son affaire. Il m’a suggéré de jouer le jeu, et de faire croire aux gens également que notre contrat pour son prochain concert d’Abidjan était de 50 millions. Histoire de lui faire un peu plus de cotte. J’ai dit ok, moi, je vais faire ma part, si ça doit contribuer à faire la promotion le concert.

 

Aujourd’hui, Sangaré et le show biz, stop ou encore ?

 

Stop ? pas du tout. Je ne baisserais pas les bras. C’est la vie. C’est une traversée du désert pour moi. Ce qui m’est arrivé, peut arriver à n’importe quel promoteur. Depuis l’âge de 15 ans j’ai commencé à entreprendre, ce n’est pas cette épreuve qui va me me faire reculer.  Nelson Mandela a fait la prison, il en est ressorti grandi. Joseph même avant de devenir roi d’Egypte a vu son nom salir dans la boue. Moi je sortirai de cette affaire la tête haute, sans devoir 5 francs à quelqu'un. Je fais partie de cette jeune génération qui ne tend pas la main mais qui se bat pour réussir.

 

  Regrettez vous aujourd’hui l’investissement sur Debordo?

 

Quand on entreprend sur un projet, on ne regrette jamais, quelque soit les résultats. Certes le retour sur investissement sur Debordo Leekunfa a été négatif. Mais SANGARE GROUP a réalisé l’une des plus belles campagnes de communication pour ce concert. Partout en Côte d’Ivoire et même sur France 24, les gens parlaient de ce 31 Mars. Tout cela a été réalisé par un jeune de 27 ans, donc attendez de voir ce que je ferai a 50 ans (rire). Ce que je regrette au plus profond de mon coeur, ce sont ces attaques perpétrées par Debordo sur ma famille. Mes parents me coûtent trop cher et sont sacrés pour moi.Je lui souhaite bonne chance pour la suite de sa carrière.SANGARE GROUP a été ravi d’avoir participé à son élévation.

 

                                                                                     Interview réalisée par Enzo