DJ Petit Piment : " c’est à l’Afrique de coloniser l’Europe"

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Comédien, réalisateur, metteur en scène, directeur artistique, arrangeur, etc, Gregory Duret, pardon DJ Petit Piment ou encore DJ Kpèssè Kpèssè est un artiste pluridisciplinaire. Depuis deux ans, il a arrêté de se disperser pour se consacrer exclusivement à la musique, au chant et à la performance. Dans laquelle il s’illustre bien d’ailleurs. L’été dernier, il a fait un sacré tabac avec son single "Pamela la Brouteuse". Il est de retour en Côte d’Ivoire. Avec un autre disque dans la besace.

Tu es toujours à la recherche de Pamela ?

Vous savez, j’ai fait le deuil de Pamela. C’est vrai que j’espère toujours au fond de moi qu’elle revienne mais j’ai essayé de dépasser un peu l’événement parce que je sais que je ne la retrouverai pas. Et comme elle m’a "dja" (tué en nouchi), alors il faut que je trouve un boulot dont je rêve, pas pour de l’argent mais plutôt pour l’activité elle-même. C’est devenir apprenti gbaka.

- Donc tu es de retour à Abidjan pour devenir apprenti gbaka !

Voilà ! Et j’ai eu des maîtres qui m’ont formé à la dure. Maintenant, j’ai fait mon entreprise de gbaka et j’invite toutes les femmes, toutes formes confondues pour qu’elles aient un lieu tranquille, de paix, de retraite. Mon gbaka à moi est comme une arche dans lequel il faut que les femmes fassent un petit moment de pause.

Tu évoques beaucoup la femme, elle doit occuper une place de choix auprès de toi !

J’avoue que j’ai un grand amour de la femme et je suis profondément féministe. J’ai une vision très féministe de la position de la femme dans la société. Donc j’aime les femmes et toutes sortes de femmes. Cela dit, je ne suis pas marié. Je suis un cœur à prendre par toutes celles qui voudraient bien de DJ Petit Piment. Je pense que j’appartiens à tout le monde et si demain j’ai une compagne, elle ne m’appartiendrait jamais tout comme moi aussi je ne lui appartiendrais jamais. Je ne suis pas dans une logique d’appartenance, mais plutôt de partenariat. Pour moi, avoir une compagne, c’est un partenariat et beaucoup d’amour. Après l’épisode de Pamela, je considère que chaque expérience amène ses leçons et je crois que j’ai grandi par rapport à ça. Je suis tombé dans le panneau mais ça ne le sera pas deux fois.

- Pour faire un bilan de "Pamela", comment la chanson a été accueillie à ton retour en Belgique ?

Ça a été très bien accueilli et ça a eu un énorme écho ! "Pamela" a même été faite la chanson de l’été 2016 par TV5 Monde. TV5 Monde Afrique m’a même convié sur son plateau du journal télévisé. "Pamela" a eu droit à des articles dans Le Monde, Le Parisien, L’AFP, etc. en Belgique, dès que je suis arrivé, la télévision et la presse écrite m’ont tout de suite contacté. Mais pour l’instant, je ne vise pas le public belge, ce qui m’intéresse c’est le public africain. Cela, afin de lui montrer comment j’adore cette musique et que je peux faire quelque chose de différent avec elle. Tel que je le fais avec le coupé décalé. C’est pour cela que j’ai baptisé ma version de coupé décalé le "coupé décalé façon façon". J’aime m’inspirer de ce qui me touche et transformer à ma façon comme un alchimiste

- D’où est parti ton amour du coupé décalé ?

J’ai découvert le coupé grâce à ma metteuse en scène. En fait, elle m’avait fait venir à Abidjan pour travailler sur la musique d’un spectacle suisse et elle a voulu que je m’inspire du coupé décalé pour le faire. C’est ainsi que j’ai découvert la chanson "Lêbêdê" de DJ Arafat. J’avoue que je suis tombé sous le charme de la façon dont il casse le morceau et le fait revenir. Je me suis dès lors intéressé au coupé décalé. Mais vous allez voir que dans mon "coupé décalé façon-façon", je ne fais pas de "roucasse-casse", je fais plutôt de la transe. Ce qu’on retrouve dans le techno et autres. J’ai amené cet aspect dans le coupé décalé. En réalité je tire cette influence des tambours sacrés sur lesquels j’ai travaillés. J’ai, en effet, joué pour des dieux, des esprits qui descendaient quand j’étais en Haïti. J’ai beaucoup travaillé la musique sacrée tout en décidant de ne pas m’initier parce que ce n’est pas ma culture. Toutefois, j’utilise toutes ces influences pour en faire quelque chose d’autre. C’est cela ma démarche musicale.

- Où comptes-tu mener cette fusion de cultures, de genres et de musique ?

Je fonctionne par envie. J’aurai toujours envie de faire quelque chose de nouveau. C’est pourquoi, on pourra me voir un jour en train de faire du zouglou décalé, du naïja décalé ou même faire d’une chanson traditionnelle baoulé un gros morceau. J’ai toujours envie de faire de nouvelles choses, c’est pourquoi vous verrez que "Gbaka Love" a quelque chose de différent de "Pamela".

- D’où t’es venu l’inspiration de ta nouvelle chanson "Gbaka Love" ?

Quand je travaillais sur la musique pour le spectacle suisse dont je parlais plus haut, on faisait quotidiennement le trajet Angré – Bingerville pour une heure à l’aller et une autre heure au retour. Et il faisait énormément chaud dans le véhicule. C’est vrai que ce n’était pas un gbaka mais c’est tout pareil. Alors, j’ai trouvé une astuce pour avoir de l’air quand on était à bord de notre véhicule. Je me mettais chaque fois à la portière, billets de banque entre les doigts, haranguant la foule sur notre trajet. Un peu comme un apprenti gbaka. C’est de là que l’envie de faire cette chanson est née. Je suis témoin de ce qui se passe ici, il faut alors que je le relate de l’autre côté. C’est pour moi, une autre opportunité de faire connaître davantage la culture ivoirienne. J’espère être l’ambassadeur des apprentis gbaka. Et qu’à travers cette chanson, ils seront mieux reconnus.

- Comment s’est fait ton premier contact avec l’Afrique ?

Quand j’ai commencé à jouer au tambour, je me suis rendu au Mali. C’était ma première fois de venir en Afrique. Là-bas, j’ai joué avec Ibrahima Sar, un grand maître, qui joue avec Oumou Sangaré. Après, je suis allé au Sénégal où j’ai travaillé les Sabar. Puis, j’ai eu un coup de cœur sur la musique vaudou et je suis donc allé au Bénin. Et puis, par le biais du spectacle suisse, j’ai découvert Abidjan et le coupé décalé. Jamais je n’ai vu une ville qui en donne autant en écho d’énergie ! A Abidjan, j’ai l’impression d’être à New York. A Abidjan, tout est possible ! Il te suffit d’entrer en contact et tu as tous les réseaux pour ce qu’il te faut. En une heure de temps maximum, tu as quelqu’un pour te faire un son ou te booker quelque part. Il y a toujours des opportunités et des rencontres aussi stimulantes. J’avoue qu’une ville aussi stimulante qu’Abidjan, je n’en ai jamais vue encore ! Ce qui m’a plu par-dessus tout, c’est l’accueil que les Ivoiriens m’ont fait. C’est la Côte d’Ivoire qui m’a fait et jamais, je ne saurais trahir cela ! Je n’ai pas envie d’aller ailleurs, c’est trop bien ici.

- Penses-tu que la musique d’influence africaine a sa place à l’international ?

Chez nous, ce qui fait danser en discothèque, il y a la musique d’Afrique du Sud, d’Amérique du Sud mais beaucoup plus des chansons d’Afrique. A mon avis, l’Afrique a été longtemps exploitée par le monde entier mais principalement par l’Europe. Maintenant c’est à l’Afrique de coloniser l’Europe. Et ça commence par la culture. Si je peux aider à cela, je serai un homme heureux.

- Aujourd’hui, qui sont tes idoles dans la musique ivoirienne ?

En zouglou, j’adore Petit Denis. J’écoute son titre "Insécurité" en boucle. A côté de lui, j’écoute Espoir 2000 et d’autres vieux zouglou. J’aime bien le groupe RAS également. Il est vrai que j’ai découvert le coupé décalé par Arafat, mais j’aime beaucoup Bébi Philip. Je trouve qu’il prend des risques et change en permanence le coupé décalé. Il est l’un des plus grands artistes de ce genre à mon avis. Cela dit, j’apprécie Arafat et Ariel Sheney dont j’aime bien les drums. Quant à debordo Leekunfa, j’adore ses chansons.

                                                                                                                                                                                                        Réalisée JM TONGA

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